Constats sur l’articulation santé/social au sein du réseau

Lors du premier semestre de l’année 2023, le CAPAS a organisé deux événements abordant l’articulation entre les domaines de la santé et du social au sein du réseau socio-sanitaire genevois. Voici les constats qui en sont issus.

Le 15 mai, une séance a réuni plusieurs membres autour des enjeux liés à la nouvelle réglementation de la psychothérapie pratiquée par des psychologues, ainsi que d’autres problématiques impactant leur travail. Le 1er juin, le CAPAS a ensuite organisé un atelier réseau auquel près de 70 représentantes et représentants des organisations membre ont pris part. Ce moment de réflexion et de débat a été organisé sous la forme de deux ateliers interactifs simultanés. Le but de cette journée était double: d’un côté relever les principaux enjeux auxquels les associations font face au niveau de l’articulation santé social, et de l’autre travailler ensemble à la mise en commun des connaissances réseau, dans la perspective d’augmenter le savoir et la collaboration au sein des membres.

Le constat est unanime: tous les membres sont concernés de près ou de loin par les questions de l’articulation entre social et santé. Pour plusieurs d’entre eux, des prestations entremêlant les deux domaines ont vu le jour, car les professionnel-les se rendent bien compte de la nécessaire complémentarité et du besoin de croiser les pratiques et les regards.

Principales problématiques relevées

Les problématiques d’accès aux soins pour les personnes en marge

Plus spécifiquement pour les personnes sans-papiers, qui vivent avec une tension importante entre le choix de faire appel à des droits (en matière de santé) ou de prendre des risques en lien avec leur séjour.

La question de la limitation de l’accès aux soins de santé mentale est tout particulièrement préoccupante. Celle de l’accès d’enfants sans-papiers à une éducation spécialisée est complexe.

Finalement, certains publics cibles tels que, par exemples, les hommes seuls sans statut mais en Suisse depuis longtemps ou encore les mineurs non accompagnés non issus de l’asile sont peu considérés.

L’importance de l’accompagnement et l’évolution de la posture de professionnel-les

S’appliquant à tout type de problématiques complexes, le rôle que jouent les personnes accompagnantes dans les moments d’extrêmes fragilités de leurs usagères et usagers est primordial. Tant pour les personnes concernées que pour les solutions mises en place avec le réseau.

Néanmoins, au vu des situations qui se complexifient et de la surcharge des divers services, les rôles joués par de nombreux professionnel-les se diversifient et doivent sans cesse s’adapter. Ils et elles jouent ainsi de plus en plus aussi le rôle d’assistantes et d’assistants sociaux, de juristes, d’aide pour l’administration, pour le logement, etc. Bien que facilitant dans certains cas pour gagner la confiance des usagères et usagers, ceci est souvent chronophage, et compliqué pour la reconnaissance et le remboursement du travail et des prestations fournies.

La reprise de clientèle des institutions – gestion des flux

Les institutions (para)étatiques sont débordées, et relayent de plus en plus de personnes aux associations. Le fait que des associations permettent aux institutions de gérer les flux pose des problème éthiques et financiers. La flexibilité et l’adaptabilité attendues de la part du milieu associatif pour absorber ces flux est éprouvante. Ces constats de manque de reconnaissance et de surcharge ne sont qu’insuffisamment considérés dans le montant des subventions.

L’importance du travail de réseau et la « débrouillardise » du milieu associatif

Le réseau socio-sanitaire genevois est dense et mouvant. Aucune cartographie exhaustive et actualisée n’existe, et un certain manque de visibilité et de moyens pour savoir qui y fait quoi règne. Le milieu associatif se débrouille, va chercher les informations, compense comme il peut, cherche des solutions et s’adapte. Il doit notamment être proactif pour ne pas se faire oublier et être visible, mais aussi pour soigner les contacts interpersonnels qui marchent souvent le mieux.

Finalement, dans certains cas, un relatif manque de considération des acteurs associatifs est ressenti. Cela a par exemple été le cas avec l’introduction du nouveau modèle de prescription pour les psychologues, où des procédures plus claires, un contact disponible et une (in)formation globale aurait été appréciés.

Les problématiques liées au financement

Le financement des prestations et des frais de structure représente évidemment une préoccupation majeure pour le milieu associatif. Les financements obtenus par les membres du CAPAS sont très variés, également au niveau de la part publique provenant parfois de plusieurs départements. Les enjeux majeurs soulevés sont les suivants:

  • La logique de financement par projet (plutôt que par prestation) menace la stabilité de certaines prestations. Cela complexifie également la lisibilité du réseau, car les financements de courte durée permettent de développer de nouvelles prestations, mais qui, souvent, doivent ensuite s’arrêter. Ces changements perpétuels sont durs à suivre et mettent en péril la pérennité de ces dernières.
  • Les postes de coordination qui permettent d’avoir une vision globale sont difficiles à faire financer alors qu’ils sont centraux pour l’efficacité du travail en réseau. Il en va de même pour la formation continue, spécifiquement indispensable dans le domaine médical.
  • Enjeux d’énergie disponible et de personnel spécifiquement alloué à la recherche de financement : difficulté à faire changer le montant des enveloppes attribuées alors que les besoins augmentent et que les enjeux demandent une constante adaptation, pression pour atteindre les objectifs fixés par les bailleurs publics, mise en compétition entre associations, etc.
  • Dans le cadre des financements publics, le fait que les prestations soient rattachées à des dicastères qui changent selon les législatures, a pour conséquence que certaines associations sont finalement financées par plusieurs départements aux exigences différentes, rendant chronophage la gestion, le reporting et la négociation des fonds liés à chaque prestation.

Bonnes expériences relevées

Malgré le pointage d’éléments problématiques, des bonnes expériences ont été évoquées. Parmi celles-ci figure le fait que le réseau genevois, bien que souvent jugé illisible, est très fort, solidaire et riche. Une réelle volonté globale de collaborer existe, et dans la majorité des cas des prises en charge adaptées peuvent être trouvées. Il est également relevé que la majorité des interlocutrices et interlocuteurs officiels sont très soutenant-es et à l’écoute. Finalement, l’expérience du COVID a été relevée, qui a forcé la collaboration en réseau et montré qu’elle était possible (face à l’urgence). Certaines bonnes pratiques ont émergé et ont fait avancer sur la problématique du travail en silo.

L’importance du partage et de la connaissance du réseau

Un constat partagé par toutes et tous lors de ces journées : pour pouvoir apporter des réponses adéquates à des situations de plus en plus complexes, il est indispensable de renforcer et garder à jour la connaissance des spécificités de l’action des un-es et des autres. C’est par le partage et les rencontres que se construit et se fortifie la construction d’une vision globale des complémentarités, favorisant un travail en réseau efficace et un soutien aux personnes adapté.

Les échanges lors de ces deux journées ont ainsi démontré que le travail en réseau est extrêmement fécond. La mise en commun des connaissances a permis de mettre en commun les problématiques et les solutions trouvées, ainsi que d’étoffer la connaissance du réseau des participantes et participants. Ils nous ont également confortés dans l’importance d’allouer des ressources au travail de coordination et de connaissance des prestations.

Finalement, cette journée aura également mis en évidence l’importance de disposer de lieux et d’espace récurrents de convergence et de rencontre pour le milieu associatif tels que le CAPAS, afin de travailler ensemble et d’augmenter la connaissance du réseau.