Retour sur notre présence aux distributions de colis alimentaires

Article tiré du blog du Groupe Sida Genève

 

Une précarité soudain rendue visible par une pandémie

A-t-on la tête, lorsque l'on vient chercher un colis alimentaire, de se faire dépister du VIH ? Cette question, nous nous la sommes posée quand nous a avons eu l'opportunité de nous associer aux actions de la Caravane de Solidarité. De mi-avril à fin mai, les samedis, a eu lieu à la patinoire des Vernets une distribution de denrées alimentaires initiée par la Caravane, soutenue très vite par les Colis du Coeur et la Fondation Partage et coordonnée par la Ville de Genève. Destinée aux personnes précarisées par la crise du coronavirus, ce sont près de 3300 colis qui sont distribués hebdomadairement, à fin mai. Le nombre de bénéficiaire n'a cessé de monter, de semaine en semaine, tant et si bien que chaque samedi, nombreux sont celles et ceux qui viennent faire la queue dès 4 heures du matin.

Sur place, un espace santé est présent, dont le but est de faciliter l'accès aux soins aux personnes en situation de précarité, regroupe les HUG (Hôpitaux universitaires de Genève), le Planning familial, la CAMSCO (Consultation ambulatoire de soins communautaires), MSF (Médecins sans frontières) et nous, le Groupe sida Genève. « Tout ce travail n'aurais pas pu être possible sans une importante implication collective du réseau socio-sanitaire genevois », constate Victor Pécoul, médecin au Groupe sida Genève.

Assez vite, la pertinence de notre présence nous a paru évidente. L'ampleur de cette précarité rendue soudainement visible dans une des villes les plus riches du monde s'est révélée au-delà de ce que nous pouvions imaginer. En tant qu'acteur associatif du réseau socio-médical genevois, nous avons très vite constaté que les personnes qui faisaient la queue n'étaient pas celles auxquelles nous avions l'habitude d'avoir à faire. En effet, les bénéficiaires de ces distributions hebdomadaires ne sont en général pas le public « bas-seuil » qui fréquente et connaît les services sociaux du canton, mais toute une classe de gens qui de manière générale vivaient avant la crise en joignant tout juste les deux bouts. Ce sont des personnes travaillant par exemple dans l'économie domestique privée ou dans les cuisines des restaurants et qui ont vu leurs revenus disparaître du jour au lendemain et se découvre sans marge ni réserves. « L'enjeu de la dignité est important, aux yeux de ces personnes qui, pour beaucoup ont ici recours à une prestation d'aide sociale pour la première fois de leur vie », commente Olivia Benyoussef, chargée de projet prévention. Dans la file d'attente, on voit d'ailleurs bien que le port du masque sert à anonymiser autant qu'à se protéger du virus...

Notre travail de prévention, qui consistait à distribuer des préservatifs, à informer sur le VIH et les IST, à proposer des dépistages rapides gratuits, a été l'occasion de nombreuses conversations avec des personnes dont nous ne pouvons que constater que le manque d'accès effectif aux soins de santé. Par exemple, si la majorité des personnes auxquelles nous avons parlé sont couvertes par une assurance-maladie, elles se voient obligées d'opter pour des franchises d'un montant prohibitif. « Lorsque je demandais à mes interlocuteurs.trices la date de leur dernière visite chez le médecin, j'ai été frappé du nombre de fois où l'on me répondait que cela remontait à plusieurs années, en général au pays d'origine », nous confie Homero Campos, chargé de prévention au Groupe sida Genève. En particulier, le suivi gynécologique et dentaire, ainsi que les tests de dépistages (VIH et IST) passent vite à la trappe dans de telles conditions. Nous avons pu constater également que l'autotest VIH était un dispositif largement méconnu et que sa facilité d'utilisation a intéressé de nombreuses personnes à qui nous avons pu en parler.

Cet espace santé inter-associatif, c'était donc une occasion de faire connaître le réseau socio-sanitaire genevois à une population qui s'est vue contrainte à considérer la santé comme une préoccupation secondaire. « Que la santé de celles et ceux qui font tourner le pays par leur travail essentiel ne soit pas une priorité politique est problématique. », se confie Oumar Niang, chargé de projets communautaires.

Et maintenant, quel "retour à la normale" pour nous? En tant que membre du réseau socio-sanitaire, nous souhaitons que les problématiques liées à la santé et à l'accès aux soins soulevées par cette période particulière ne retombent pas dans l'oubli. En tant qu'institution, cela fait plusieurs années que nous inscrivons notre combat de lutte contre le VIH dans une approche globale, qui consiste à considérer la santé comme le produit d'une réalité multi-factorielle, où la présence de vulnérabilités socio-économiques est fondamentale. A la lumière de la pandémie COVID-19, nous espérons continuer à renforcer notre dispositif social, juridique, médical, pour contribuer à un meilleur accès aux soins pour tou-te-x-s.